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Mon père disait

« Je suis riche intellectuellement » disait mon père. Une parole qui fût prononcée en toute arrogance et fierté. Une parole qui raisonna inlassablement dans nos têtes. Cette parole, omnisciente soit-elle, habitait notre petit espace de vie. En réalité, elle ne cessait de tourner autour de nous. On se couchait et se réveillait ensemble sous le même toit. Pire encore, elle hantait nos projets d’avenir et de prospérité.

A présent, que reste-il de la richesse intellectuelle ? Des livres qui traînent ? Un millier d’ouvrages encombrant rangés dans des cartons car le moindre mètre carrée y compte ? Des collections de livres jaunies, trouées, percées et abîmées par le temps, la poussière et les lépismes ? « Dans cet amas d’ouvrages, il existe des livres rares, des collections de livres que je ne compte jamais vendre quoi qu’il en soit le prix », affirmait mon père.

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Quant à moi, je lisais dans ses yeux cette naïveté démesurée, cet amour inconditionnel, cette fidélité singulière dont je ne saurai dépeindre. Je croyais vraiment en ses sentiments, mais profusément pris par des scènes aussi absurdes, je sentais comme si c’était un chemin sans fin, une folie particulière, un frein à la prospérité et des sacrifices dépourvus de sens. « Tel est le sort du Candide intellectuel et quelle pitié ! Si l’amour est ainsi, je suis certain que ne l’ai pas encore côtoyé » me disais-je.

Pendant de longues années, je remettais en cause le principe de l’intellectuel. Je me demandais que vaille la richesse intellectuelle si vivre peu est souffrir trop ?

« Je suis riche intellectuellement » disait-il. Cette parole qui raisonna dans ma tête pendant de longues années fût chassée par le temps et la réalité. Sans doute, le meilleur des mondes possibles serait davantage un monde intellectuel et le vrai intellectuel s’oublie dans ses livres et s y puise dedans. Il passe à coté de la réalité à moins à ce qu’il ne se réveille un jour…

Enfin, la vie m’a enseigné que la naïveté des uns et une folie pour les autres et le temps répondit à mon père en consistance douce et moelleuse, que  « la richesse intellectuelle tende à disparaître, à s’essouffler et à se dissoudre progressivement dans le chaos du peuple et le bassin de l’ignorance si elle n’est pas accompagnée et entretenue par la richesse matérielle ».

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